"Le soir , avant de nous coucher , nous allions prendre notre douche ensemble .Il fallait se déshabiler dans cette salle glacée : c'était une aventure.Chaque fois que nous retirions un vêtement , nous poussions un hurlement à cause du froid qui nous transperçait davantage. Et quand nous nous retrouvions nus comme des orvets , nous n'étions plus qu'un long cri de souffrance glaciaire. Nous nous glissions derrère le rideau et j'ouvrais le robinet. L'eau coulait, d'abord polaire , ce qui donnait lieu à une nouvelle salve de hurlements. Mon épouse impubére se roulait dans la tenture plastifiée pour se protéger. Puis, en un instant , la douche se mettait à cracher une pluie brûlante, et nous clamions notre stupeur avec des rires aigus. J'étais l'homme : c'était a moi qu'il revenait de régler la température de l'eau .Tache complexe , car au moindre frôlement du robinet le jet passait du bouillant au glacé ou inversement. Il fallait au moins dix minutes de tatonnements pour obtenir une chaleur supportable. Pendant ce temps-la , Juliette , drapée dans son péplum en plastique riait d'horreur à chaque renversement de tendance.
Quand l'eau était devenue bonne , je lui tendais la main pour qu'elle me rejoigne sous le jet. Le rideau se déroulait et révélait une maigreur blanche agée de dix ans , nappée d'une énorme chevelure alezane. Sa grace me coupait le souffle.
Elle venait se blottir sous le faisceau liquide et mugissait de plaisir parce que j'avais réglé la température a merveille. Je prenais ses longs cheveux et je les mouillais, épaté de voir leur volume rétrécir sous l'eau. Je les serrais comme pour en faire une corde.Son dos , étroit m'apparaissait alors , dans sa pâleur avec des omoplates saillantes qui semblaient des ailes repliées.
Je prenais un morceau de savon et je le frottait sur ses cheveux jusqu'a ce qu'ils moussent. Je les réunissaient en une masse au sommet de sa tête , je les malaxais et les moulais en une couronne plus grosse que son crâne. Puis je savonais son corps ; quand je passais entre ses cuisses , Juliette poussait des cris perçants parce que ça la chatouillait.
Ensuite , nous nous rinçions l'un l'autre pendant des heures. Nous nous sentions trop bien sous ce jet d'eau chaude , nous n'avions aucune envie,de sortir . Il fallait pourtant s'y décider. Je fermais le robinet en un coup, ma femme tirait le rideau et une bouffée d'air froid nous assaillait.
Nous hurlions de concert et nous nous jetions sur les serviettes. Juliette bleuissait je devais la frictionner .Elle riait , claquait des dents et disait "je vais mourir" .Elle enfilait sa longue chemise de nuit blanche et m'enjoignait de la rejoindre très vite au lit pour la réchauffer. J'arrivais dans la chambre etje ne voyais dépasser de la couette que les cheveux mouillées : c'était le seul signe tangible de sa présence car son corps mince ne suffisait pas à bomber l'édredon.Je me glissait à côté d"elle et voyais son visage farceur"j'ai froid !" disait-elle.
Alors je la prenais dans mes bras , la serrait trés fort et soufflait de l'air chaud dans son cou."